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Un jour, une histoire… Les Boyomais s’en souviendront.

Il y a 20 ans jour pour jour, les armées rwandaise et ougandaise commençaient une grosse bataille dans la ville de Kisangani, causant plus de 1.000 morts et au moins 3.000 blessés. C’est la « Guerre des Six jours », du 5 et le 10 juin 2000.


Ce jour là, alors que la deuxième guerre lancée en 1998 s’enlise sur la ligne de front, les troupes de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) et de la Uganda People’s Defence Force (UPDF) s’affrontent pour le contrôle de la filière du diamant dans la capitale de l’ancien Haut-Zaïre. Selon Amnesty Internationale, 1.200 civils congolais sont tués, tandis que la population tente de secourir plus de 3.000 blessés. Les deux armées s’étaient livrées à des attaques indiscriminées, à l’arme lourde, jusque dans des quartiers densément peuplés. Rwandais et Ougandais s’étaient déjà affrontés à deux reprises auparavant, dans la même ville de Kisangani (un premier affrontement en août 1999 et un deuxième en mai 2000). Mais les affrontements de juin 2000 seront d’une intensité inouïe.


Tout commence une semaine auparavant lorsque les habitants de Kisangani assistent à une intense campagne de haine entre les deux camps. La Radio-Liberté (RALI, d’obédience ougandaise) et la Radio-Télévision Nationale Congolaise (RTNC, d’obédience rwandaise) diffusent abondamment des messages de haine et des appels à la guerre et à la vengeance.


Le 4 juin 2000, des militaires ougandais envahissent le centre-ville, tandis que des colonnes de militaires rwandaises se déploient dans des quartiers (dans la commune de Mangobo, notamment). Le décor d’un affrontement armé est planté et les combats éclatent le lendemain matin (5 juin), peu avant 10 heures. Six jours durant, la ville est la proie d’intenses combats, avec usage d’armes lourdes (notamment des mortiers 120 et des batteries anti-aériennes). Selon l’ONG Groupe Justice et Libération, plus de 10.000 obus et des milliers de balles à l’arme légère et automatique sont tirés dans la ville. Amnesty international avança un bilan de 1.200 civils tués et des milliers de blessés, notamment dans les communes de Tshopo, Makiso et Mangobo. La cathédrale de Kisangani fut aussi éventrée par des obus et dévorée par des flammes. D’autres lieux furent endommagés, notamment des établissements d’enseignement, des hôpitaux et centres de santé, la SNEL, la Régideso, ainsi que l’Université de Kisangani.


Dans sa résolution 1304 (adoptée le 16 juin 2000), le Conseil de Sécurité des Nations Unies avait instruit le Rwanda et l’Ouganda à fournir des réparations pour les pertes en vies humaines et les dommages matériels qu’ils avaient infligés à la population de Kisangani. La Résolution prévoyait également la présentation par le Secrétaire général de l’ONU d’une évaluation des torts causés, sur base de laquelle devaient être déterminées ces réparations. En décembre 2005, la Cour Internationale de Justice avait condamné l’Ouganda à réparer les conséquences de son invasion du Congo et à payer des dommages proposés par les autorités congolaises à hauteur de 6 à 10 milliards de dollars. Elle avait laissé l’Ouganda et le Congo convenir à l’amiable du montant des réparations, ce qui n’a jamais été fait jusqu’à ce jour (l’affaire reste menée dans une certaine opacité).


Aujourd’hui, 20 ans après, aucune victime n’a jamais obtenu justice, tandis que les chefs militaires rwandais et ougandais impliqués dans ce carnage, sont toujours libres. Aucun responsable politique ni militaire impliqué dans cette guerre de Kisangani n’a jamais été appelé à répondre de ses crimes devant la justice. Les uns et les autres étaient retournés au Rwanda et en Ouganda où ils poursuivirent leur carrière dans les appareils d’État des deux pays (cas du Général Emmanuel Karenzi Karake qui, en retournant au Rwanda, sera nommé Commandant-adjoint de la MINUAD, la force hybride de l’Union africaine et de l’ONU déployée au Darfour).

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